Structures temporaires contre les îlots de chaleur
- Années: 2024 - 2025
- Lieu: Fribourg (CH)
Sous l’effet du changement climatique, les épisodes de chaleur urbaine deviennent plus fréquents, y compris dans des régions traditionnellement tempérées comme la Suisse. L’accumulation de surfaces minérales, la densité bâtie et la faible présence de végétation amplifient le phénomène d’îlot de chaleur urbain, générant des microclimats où la chaleur s’accumule et persiste.
Les cours d’école sont particulièrement touchées par ce phénomène. Souvent conçues comme de vastes surfaces minérales dédiées au jeu, elles deviennent en été des espaces surchauffés et peu hospitaliers. Pourtant, fréquemment ouvertes au public, elles possèdent le potentiel de devenir des espaces de fraîcheur à l’échelle du quartier.
L’intervention réalisée dans la cour du cycle d’orientation de Jolimont explore différentes manières de produire de l’ombre à travers l’installation de structures temporaires. Le projet se développe dans une démarche participative associant les élèves de l’établissement. Des ateliers ont permis d’identifier les usages souhaités et d’influencer l’implantation et la configuration des pavillons, donnant au projet une dimension pédagogique.
Pensées comme des architectures éphémères mais conçues pour durer au moins dix ans, les structures se situent entre installations expérimentales et infrastructures urbaines. Le projet se matérialise par un pavillon installé dans chacune des deux cours de l’école, générant des espaces d’ombre et de respiration au sein du tissu minéral.
La construction privilégie des matériaux locaux et peu transformés afin de limiter l’impact carbone. La structure est de ce fait réalisée en mélèze provenant du centre forestier de la bourgeoisie de Fribourg. Les colonnes sont constituées de troncs bruts non transformés et les poutres sont simplement sciées équarries, conservant une transformation minimale afin de préserver le potentiel de réemploi de l’ensemble de la charpente. Implantées sur les toitures de l’aula et de la piscine, les structures ne peuvent pas être ancrées au sol ; leur stabilité est assurée par un système de lestage. Le dispositif d’ombrage repose sur des toiles dressées qui filtrent le rayonnement solaire tout en permettant la ventilation naturelle. Les pavillons sont composés à partir d’éléments constructifs laissés volontairement brut et assemblés de manière minimale : déposés, empilés ou simplement boulonnés. Le principe structurel est lisible tout en proposant des variations dans leur agencements. Construit directement sur le site en auto-construction, la réalisation s’est accordée au rythme scolaire et à la présence des élèves.
Le premier pavillon adopte une géométrie circulaire libérant un espace central de 7,2 mètres de diamètre. Ce dodécagone forme une arène ouverte accueillant jeux, activités pédagogiques et autres usages collectifs. Une toile en forme de chapiteau génère une ombre continue tandis qu’une ouverture au sommet favorise l’évacuation de l’air chaud et la ventilation naturelle. La charpente est organisée selon le système structurel de type réciproque dans lequel chaque poutre de faible longueur s’appuie sur la suivante pour former une géométrie facettée couvrant une large portée. Les troncs reposent sur des dalles de béton de réemploi sciées, tandis que tiges filetées et câbles assurent l’assemblage et la stabilité.
Le second pavillon s’organise selon une trame en damier composée de neuf carrés. La structure s’inscrit dans le calepinage du sol existant grâce à des dallettes de jardin servant d’appui aux colonnes. Une série de drapeaux textiles verticaux produit une ombre filtrée. Leur rythme et leur dimensionnement empêchent les rayons du soleil d’atteindre directement le sol tout en laissant circuler l’air et en maintenant une relation visuelle avec le ciel. Les poutres massives, simplement empilées sur les colonnes, forment un quadrillage permettant la suspension des toiles.
Autour des pavillons, un mobilier composé de demi-troncs et de plateaux bruts de mélèze accompagne et active les usages de la cour.
Les pavillons explorent une architecture de la sobriété matérielle. L’usage de bois peu transformé, les assemblages simples et la possibilité de démontage inscrivent le projet dans une logique de réemploi et de réversibilité. Cette esthétique du brut affirme une architecture où la matière reste lisible et où le principe constructif demeure apparent. À travers ces dispositifs légers, le projet esquisse une manière d’aborder l’adaptation climatique par des interventions situées, capables de transformer localement les microclimats urbains tout en interrogeant notre rapport aux ressources et à la construction.
Équipe de projet: Esther Chatelain, Marion Gisiger, Flavio Ribeiro, Elias Taillebois, Jean-Michaël Taillebois, Sébastien Tripod
Développé et réalisé (auto-construction) en collaboration avec l'institut Energy, l'institut Transform de la HEIA-FR (Matias Cesari, Raphaël Compagnon, Estela Schaffner, Marc Vonlanthen)
Démarche participative: Bio éco (Manon Membrez)
Ing. civil: Olivier Francey
Aide à la réalisation: Patrick Gosatti, Stephan Weber
Utilisateurs·ices: CO de Jolimont
Financé par: plan climat du canton de Fribourg